Depuis quelques années, les demandes pour des formations sur la civilité, la communication respectueuse et la gestion des dynamiques d’équipe n’ont jamais été aussi nombreuses. Comme s’il y avait un besoin urgent et collectif de revenir à la base — de retrouver ce fil humain qui unit les collègues au-delà des tâches et des livrables.
En toute honnêteté, chaque fois que j’anime ce type de formation, je m’attends à croiser quelques bras croisés, quelques regards qui cherchent la sortie. « Moi, j’ai du respect pour les autres, c’est les autres qui… » Vous connaissez la chanson.
Mais je dois vous admettre que j’ai tort, à peu près à chaque fois. Les gens arrivent fatigués, oui, mais ouverts, et affamés d’un vrai changement dans leur ambiance de travail. Et pour cause : les données parlent d’elles-mêmes.
40 % des travailleurs québécois vivent un stress constant au quotidien. Parmi ceux considérés à haut risque, 30 % ont déjà reçu un diagnostic d’anxiété ou de dépression.
Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils décrivent vos collègues, vos équipes, peut-être vous-même. Et ce qui est remarquable, c’est que la gentillesse — un geste simple, accessible à tous, qui ne coûte rien — est précisément l’un des remèdes les plus documentés.
En 2024, une étude auprès de 1 365 employés a révélé que la gentillesse au travail surpasse même la rémunération comme facteur de satisfaction. 77 % des chercheurs d’emploi sondés affirmeraient préférer un poste dans une organisation qui valorise explicitement la bienveillance.
Ce qui est peut-être moins intuitif, c’est le coût de son opposé. L’incivilité au travail n’est pas qu’un malaise passager, c’est une hémorragie silencieuse. Des recherches menées sur plus de 14 ans par les chercheuses Porath et Pearson (Harvard Business Review) montrent que 98 % des employés ont vécu un comportement irrespectueux au travail. En 2016, 62 % en étaient victimes chaque mois, contre 25 % en 1998.
66 % constatent une baisse de leurs performances après un incident d’incivilité
80 % perdent du temps de travail à ressasser l’incident
3×moins enclins à aider un collègue après avoir été traités sans respect
Les absences liées à la santé psychologique coûtent au Canada 16,6 milliards de dollars annuellement en perte de productivité.
Chaque semaine, 500 000 Canadiens ne peuvent pas se présenter au travail pour cette raison. Et pourtant, chaque dollar investi dans la santé mentale des employés génère un retour de 4 $ — un des meilleurs ROI en gestion des ressources humaines.
La question n’est donc plus de savoir si la gentillesse a sa place au bureau. Elle y est, qu’on le veuille ou non en présence ou en creux.
132 000 absences par semaine au Québec liées à la santé psychologique, soit environ 30 travailleurs sur 1 000 qui ne peuvent pas se présenter au travail chaque semaine.
Ces chiffres peuvent décourager. Ils devraient au contraire nous rappeler que chacun de nous a un rôle à jouer dans le climat de son milieu de travail. Pas besoin d’être gestionnaire, ni de déclencher une grande initiative RH. Un bonjour sincère, une rétroaction formulée avec soin, une question posée avec curiosité plutôt qu’avec méfiance, ce sont ces petits actes, multipliés, qui créent les environnements où les gens ont envie de rester et de donner le meilleur d’eux-mêmes.
La bienveillance n’est pas naïve. Elle est stratégique, mesurable, et bonne nouvelle :parfaitement contagieuse!
« Giving is a strength, kindness is a strength, expecting nothing in return is the ultimate strength. »
Gary Vaynerchuk